Les nouvelles

4 mai 2026
Le déclic d'un printemps - Portrait de Marika Cyr
Après plusieurs années à l’extérieur des Îles, Marika a choisi de revenir s’établir aux Îles pour renouer avec la pêche au homard, avec l’intention de reprendre l’entreprise familiale.
Revenir vivre de ce métier qui l’habite depuis l’enfance s’est imposé après un déclic. Initiée à la pêche au homard à quatre ou cinq ans, elle s’est tout de suite sentie bien sur l’eau, à sa place. Après le secondaire, elle s’est lancée dans le métier, mais à un moment, la passion était moins présente.Comme plusieurs de ses amies qui quittaient les Îles pour étudier, Marika a fait le saut à son tour.Elle est finalement partie à Québec et a étudié en enseignement en adaptation scolaire.
Marika a travaillé près de dix ans dans les écoles, dont plusieurs années dans le Nord, mais la mer est restée bien présente dans sa tête. Chaque printemps, elle ressentait un manque qui revenait au début de la saison de pêche.
Marika, qu’est-ce qui t’a donné envie de revenir t’installer aux Îles, et à quel moment as-tu senti que c’était le bon choix pour toi ?
J’ai eu un déclic au printemps 2024 alors que j’habitais à Yellowknife. J’avais des colocataires qui, eux aussi, étaient natifs des Îles. Un événement familial les a amenés à quitter pour les Îles pendant une dizaine de jours, me laissant seule pendant ce temps-là dans notre grande maison. Par hasard, ils seraient aux Îles pour la mise à l’eau des cages. J’ai toujours eu un pincement au cœur à l’arrivée du printemps, parce que pour moi, c’est associé à la pêche, à la reprise des activités.
Je me souviens d’être assise à la table, un samedi, et d’avoir eu le déclic. Je me suis dit « je suis vraiment loin, je me sens seule, je suis isolée … est-ce que j’ai encore le goût d’avoir ça comme vie? ». Même si je sentais que j’étais bien entourée par mes amis, reste que parfois c’est difficile de demander de l’aide. J’ai compris rapidement que c’était le temps que je revienne à la maison.
Je dis souvent que ç’a été un retour aux sources. J’avais besoin de retrouver ma famille, mes amis d’enfance, mon monde. De retrouver ce que je connais! Un déclic instantané! C’est à ce moment précis que j’ai pris la décision de revenir aux Îles, et je ne l’ai jamais regretté. Je suis revenue aux Îles en mars 2025, juste à temps pour le printemps, et surtout, pour la saison de pêche au homard. Je sais que c’était la bonne décision à prendre. C’était un appel du cœur.
Qu’est-ce qui t’a le plus manqué des Îles pendant tes années à l’extérieur ?
Ma famille m’a beaucoup manqué. Maintenant, je peux facilement aller manger chez mes parents, et avoir leur aide quand j’en ai besoin, c’est plus accessible et facile maintenant. Je me sens supporté avec cette proximité-là. Je dirais aussi que l’air salin m’a manqué. Quand tu arrives aux Îles, et que tu prends une bonne respiration, on le sent que c’est différent!
Est-ce que ton parcours à l’extérieur des îles influence ta façon de travailler aujourd’hui (même si c’est un domaine différent !)?
Totalement! Le fait d’avoir quitté les Îles m’a amené une nouvelle perspective. J’ai rencontré de nouvelles personnes et découvert de nouvelles cultures. En travaillant dans le Nord, j’ai côtoyé des personnes autochtones qui vivent au rythme des saisons, de la nature et des cycles de la vie, selon ce qu’ils ont à portée de la main. Ça m’a permis d’ouvrir mes horizons.
J’ai été élevé par un père très consciencieux et visionnaire au niveau des pêches. J’ai grandi dans le même genre d’esprit d’une certaine façon. Mais en côtoyant les Premières Nations, j’ai beaucoup appris sur le respect et la protection des ressources, sur l’importance de remercier la nature et d’éprouver de la gratitude, particulièrement quand on exerce un métier comme celui de pêcheuse. Les pêches, c’est un monde de plus en plus axé sur la performance, c’est super compétitif. Toujours en vouloir plus, ça pourrait détruire la ressource. C’est important pour moi d’avoir un second regard là-dessus pour assurer l’avenir de notre métier.
J’ai aussi beaucoup développé mon autonomie et mon sens des responsabilités. J’ai acquis plusieurs compétences en nature et plein air. J’ai appris à me débrouiller toute seule grâce aux rencontres que j’ai faites. Tout ça fait maintenant de moi une personne plus débrouillarde et manuelle que ce que j’étais.
Est-ce que le fait de t’en être éloignée a changé ton regard sur les Îles ? Y a-t-il des choses que tu as redécouvertes à ton retour et que tu tenais pour acquises auparavant ?
Dans un sens oui, parce qu’on dirait que je m’émerveille d’un rien maintenant, même si j’ai toujours trouvé les Îles magnifiques. Depuis que je suis partie et finalement revenue, ça m’arrive chaque jour de remarquer une certaine odeur, un certain bruit, comme les goélands qui recommencent à chanter. J’ai la chance d’avoir une maison toute vitrée ou chaque soir, je regarde le soleil se coucher sur la mer. Quand je marche sur la plage avec mon chien, je trouve ça magnifique. J’apprécie le calme, entendre presque rien quand y’a pas de vent. Ça n’arrive pas souvent, donc on l’apprécie d’autant plus.
Toute la beauté de la nature, je la redécouvre. Avant, je l’appréciais vraiment moins. Maintenant, quand je me promène dans les sentiers, j’explore. Même dans mon village à Grande-Entrée, où j’ai pourtant grandi et vécu presque toute ma vie, je découvre encore des endroits. Encore dernièrement, je suis allée marcher dans les sentiers de la réserve faunique de la Pointe de l’Est pour la première fois, et j’ai 35 ans! Ça me fait réaliser à quel point on a de la chance d’avoir des endroits aussi beaux, aussi purs, aussi sauvages.
Qu’est-ce que tu aimes le plus de ta vie aux Îles, au quotidien?
J’aime beaucoup le sentiment de liberté qui m’habite. Par exemple, je le ressens dans l’indépendance et la flexibilité de mon travail. Quand je suis à la barre du bateau, je me sens autonome. Je prends des décisions, je navigue, je gère mon environnement. C’est un sentiment très fort.
Je le ressens aussi grâce à l’accessibilité aux grands espaces. Juste derrière chez moi, j’ai accès à un super sentier pédestre. Je peux me rendre à la plage rapidement. Peu importe où je veux aller, c’est facile. Le rythme de vie est relaxe, les gens ne sont pas pressés. Il y a des visages connus partout. Je connais quelqu’un sur le quai. Après j’arrête à l’épicerie et je connais quelqu’un d’autre. Cet aspect communautaire là est super présent, et j’apprécie vraiment ça. Se sentir entourée, ça aide beaucoup.
Que dirais-tu à quelqu’un qui pense revenir s’établir ici, mais qui hésite encore?
Je lui dirais que pour moi les Îles, c’est un magnifique endroit où vivre. On a la chance d’habiter un endroit merveilleux, autant pour sa beauté que pour les gens qui y vivent. Si tu as le goût de revenir aux sources, de retrouver quelque chose de familier et de ralentir un peu, alors c’est la bonne décision.
Selon toi, qu’est-ce qui mérite d’être mieux connu ou mieux compris à propos de la vie aux Îles?
Je dirais que ce qui mérite d’être mieux compris, c’est que la vie aux Îles suit les saisons. Il y a deux rythmes de vie très différents. Il y a le rythme plus calme, où on ralentit, à l’automne et à l’hiver. Et il y a le rythme plus animé, avec l’arrivée du printemps ! S’ajoutent plus d’activités, d’événements, de festivals.
Si tu cherches une vie « métro-boulot-dodo » à fond toute l’année, ce n’est peut-être pas le bon endroit pour toi. Mais si tu as envie d’un quotidien où on vit au gré des saisons, proches de la nature, dans une communauté accueillante, alors les Îles, c’est l’endroit où vivre.
